On aurait pu naître au milieu des eaux, dans un remous écumeux, une vague, une marée montante, une tempête...
On pourrait dessiner des cercles concentriques, à l'infini. On pourrait faire voler une spirale vicieuse au centre étoilé.
J'aurais pu te prendre par la main, t'apprendre à sentir, à rire, à toucher. J'aurais pu être ton frère, te prendre dans mes bras et te dire que je t'aime, sans me sentir coupable.
Dis-moi! Dis-moi! Lilian? Pourrais-tu enfin m'apprendre à aimer? Cesser de me perdre là où les limites n'existent plus? Le chaos qui m'entoure est rempli de tes cris, de ta violence et de tes coups à l'encontre de mon coeur déjà meurtri, d'où suintent des vapeurs de sang. J'ai de plus en plus de difficultés à être saine. A me contenir. J'aimerais inciser ces artères qui préservent mon coeur. J'aimerais brûler mes mains pour ne plus toucher. Crever mes yeux pour ne plus voir. J'étouffe, j'ai mal, je ne peux plus respirer...
On aurait pu naître dans une forêt, au rythme d'une brise, d'un vent violent, d'une rafale, d'une tornade...
Ainsi, on aurait reçu la vie, en un même souffle. Un même battement de coeur nous aurait animé.
On aurait grandit ensemble. On aurait apprit à cracher. Vivre ainsi, seuls tous les deux, loin de tout.
Et ta voix... Je t'aurais écouté à longueur de journée. Puis je t'aurais raconté l'histoire de Lancelot, d'Excalibur, de Guenièvre et d'Arthur. J'aurais chanté les étoiles, pour te faire rêver, tu m'aurais prise dans tes bras, pour me rassurer. Moi qui suis tant dérangée, toi qui est tellement paisible.
On aurait marché, on aurait couru. Moi et mes longs cheveux bruns, toi et tes doux yeux noisettes.
Mais je suis d'une autre époque et c'est avec amertume que je me revois, tombée au sol, la tête dans les mains, seule. Tu marches dans mes traces, mais ne me retrouveras pas.
Ils t'ont devancé et on appuyé les faiblesses d'une enfant déphasée. Ils lèchent les larmes de ce fantôme qui ère dans notre forêt mystique. Au gré du vent. La princesse a grandit. Son ombre est comme fixée sur les écorces de ce monde. Elle danse sur les branches, chante la nuit. Depuis plus de 15 ans. Cette attente n'en est plus une. Tu t'es perdu sans moi, je suis partie sans toi.
C'est dans les nébuleuses sensations, le flou neurasthénique que je t'ai reconnu, et que tu m'as choisie. Mais maintenant, il est trop tard. Il était trop tôt. Je pars, ou plutôt tu pars, ou plutôt nous partons. C'est comme ça, depuis toujours. L'amour est un supplice là où les conventions l'arrêtent. La vie [ l'adultère, le plaisir, les passions ] ou alors les contraintes [ le respect, la vertu ] ? Ni l'un, ni l'autre.
Je choisi le stoïcisme.